Désenvoûteur : reconnaître une arnaque
« On vous a jeté un sort. » La phrase fait peur, et c'est précisément pour cela qu'elle est utilisée. Ce qu'il faut savoir avant de payer qui que ce soit pour lever un envoûtement.
Le désenvoûteur dit pouvoir détecter et lever un sort, un mauvais œil ou une malédiction. Il interprète une série de malheurs, maladie, rupture, perte d'emploi, comme la preuve d'une attaque occulte, puis propose des rituels pour y mettre fin : prières, bougies, objets, bains, sel, parfois des « travaux » à distance.
Certaines personnes sincères, souvent issues de traditions religieuses ou rurales, pratiquent ces rituels gratuitement ou presque. Mais le désenvoûtement est aussi l'un des terrains les plus exploités par les escrocs, car la peur rend vulnérable et le résultat ne peut jamais être vérifié. Cette fiche vise d'abord à vous aider à repérer ces pièges.
Histoire et transmission
La croyance au sort est ancienne et universelle. En France, l'ethnologue Jeanne Favret-Saada a décrit dans « Les Mots, la mort, les sorts » (1977) la sorcellerie dans le bocage normand : le désorceleur y intervenait lorsqu'une famille se croyait « prise ». Elle montrait combien la parole et l'accusation pesaient dans ces situations, au-delà de toute magie.
La sorcellerie n'est plus un crime en France depuis la fin du XVIIe siècle et la Révolution. Le désenvoûtement n'est donc pas interdit en soi. En revanche, l'escroquerie est punie de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende, et l'abus de faiblesse de trois ans et de la même amende. Les tribunaux condamnent régulièrement de faux marabouts et voyants pour ces délits.
Comment se passe une séance
Le scénario de l'arnaque suit souvent le même schéma. Un premier contact peu cher, voire gratuit, par prospectus, site ou réseau social. Un diagnostic alarmant : « le sort est très puissant ». Puis des sommes qui grimpent pour des rituels supplémentaires, des objets à acheter, des « travaux » qui échouent et doivent être recommencés. Les prix varient de quelques dizaines d'euros à des dizaines de milliers dans les cas portés devant la justice.
Pourquoi on consulte
Les gens consultent quand les malheurs s'enchaînent et qu'aucune explication ne suffit. Le sentiment d'être visé donne paradoxalement un sens à ce qui arrive, et la promesse d'une solution rapide est très tentante. Beaucoup de victimes sont isolées, endeuillées ou en détresse, ce que les escrocs savent repérer.
Aucune étude n'a jamais mis en évidence l'existence d'un sort ou l'effet d'un rituel pour le lever. La croyance d'être envoûté peut en revanche produire des effets réels : angoisse, insomnie, symptômes physiques liés au stress. Un médecin ou un psychologue peut aider à traverser ces moments, sans juger la croyance. Les séries de malheurs, elles, sont statistiquement fréquentes dans une vie et n'appellent pas d'autre cause.
Bien choisir, et repérer les charlatans
- Le signal le plus clair : des paiements répétés pour « lever » le sort, avec un résultat toujours repoussé. Arrêtez de payer dès que la somme dépasse ce qui était annoncé.
- Méfiez-vous de tout praticien qui vous demande de garder le secret, de couper les ponts avec vos proches ou d'arrêter un traitement.
- Les menaces (« si vous arrêtez, le sort reviendra plus fort ») sont une technique de pression. Elles n'ont aucun fondement.
- Conservez tous les messages, reçus et preuves de virement. Ils sont indispensables pour porter plainte et peuvent permettre un remboursement.
- La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) reçoit les signalements. Si vous êtes victime d'escroquerie, appelez le 17 ou portez plainte au commissariat ou à la gendarmerie.
Ces pratiques ne remplacent pas un avis médical. N'arrêtez jamais un traitement sans en parler à votre médecin.
Les autres pratiques
Questions fréquentes
Je pense avoir été escroqué, que faire ?
Cessez tout paiement, rassemblez les preuves et déposez plainte. Prévenez aussi votre banque, qui peut parfois bloquer un virement récent.
Un proche dépense tout chez un désenvoûteur, comment l'aider ?
Évitez de le moquer, ce qui renforce l'emprise. La Miviludes et les associations d'aide aux victimes conseillent aussi les familles.
Un désenvoûtement gratuit est-il sans risque ?
Il est moins risqué financièrement, mais le premier contact gratuit est aussi l'appât classique des arnaques. Restez attentif à la suite.