Astrologie védique (Jyotish)
En Inde, l'astrologie n'a jamais quitté la vie ordinaire. On y consulte encore un thème avant un mariage, un déménagement ou l'ouverture d'un commerce.
Faire le calcul pour moiLe mot jyotiṣa désigne la « science des luminaires ». Il fait partie des six disciplines auxiliaires du Veda, les vedāṅga, dont la fonction première était de fixer le bon moment des rites. Le plus ancien texte conservé, le Vedāṅga Jyotiṣa attribué à Lagadha, est un petit traité de calendrier. Sa date divise les chercheurs. Certains la placent vers le XIIe siècle avant notre ère en s'appuyant sur les données astronomiques qu'il contient, d'autres plutôt vers le Ve ou le IVe siècle pour des raisons linguistiques.
Le cœur de ce ciel ancien, ce sont les nakshatra : vingt-sept ou vingt-huit « demeures lunaires » que la Lune traverse en un mois. Elles existaient bien avant l'arrivée des signes du zodiaque en Inde. Elles restent l'un des outils les plus fins du Jyotish.
L'horoscope à douze signes et douze maisons arrive par les contacts avec le monde grec. Le Yavanajātaka, littéralement « la nativité selon les Grecs », en est le témoin principal. Selon la lecture de l'historien David Pingree, un certain Yavaneśvara l'aurait traduit en 149-150 et Sphujidhvaja l'aurait mis en vers en 269-270. Des travaux plus récents, notamment ceux de Bill Mak sur de nouveaux manuscrits, contestent ces dates et proposent une rédaction plus tardive. Une partie des savants indiens refuse par ailleurs l'idée d'une origine grecque.
Au VIe siècle, Varāhamihira, qui travaille à Ujjain, rédige les grandes synthèses : le Bṛhat Jātaka sur les thèmes de naissance, la Bṛhat Saṃhitā sur les présages et la vie collective, la Pañcasiddhāntikā sur les systèmes astronomiques. Le texte aujourd'hui le plus cité, le Bṛhat Parāśara Horā Śāstra, est attribué au sage légendaire Parāśara. Sous sa forme actuelle, il est bien plus récent, et sa datation reste incertaine.
La différence la plus visible avec l'astrologie occidentale tient au zodiaque. Le Jyotish utilise un zodiaque sidéral, calé sur les étoiles, alors que l'Occident a gardé un zodiaque tropical, calé sur l'équinoxe. L'écart, appelé ayanāṃśa, dépasse aujourd'hui vingt-trois degrés. Votre Soleil y tombe donc souvent dans le signe précédent. En 1955, un comité de réforme du calendrier présidé par le physicien Meghnad Saha a retenu la valeur de N. C. Lahiri, devenue la référence officielle en Inde.
Le Jyotish reste très vivant. Il ajoute les nœuds lunaires Rāhu et Ketu aux planètes visibles, découpe la vie en grandes périodes planétaires (les daśā) et lit de nombreux thèmes dérivés. Son entrée à l'université indienne, au début des années 2000, a suscité une vive controverse scientifique.
Ce qu'elle nous a laissé
- Les vingt-sept nakshatra, ou demeures lunaires
- Le zodiaque sidéral et la notion d'ayanāṃśa
- Les périodes planétaires (daśā), dont la Vimśottarī daśā de 120 ans
- Le rôle central des nœuds lunaires Rāhu et Ketu, repris par l'astrologie karmique occidentale
- Les thèmes divisionnaires, comme le navāṃśa consacré au mariage
- Le choix du moment favorable (muhūrta) pour les grandes décisions
Figures
- Lagadha : Auteur traditionnel du Vedāṅga Jyotiṣa, texte de calendrier rituel
- Sphujidhvaja : Auteur de la version versifiée du Yavanajātaka
- Varāhamihira : Astronome et astrologue d'Ujjain (VIe siècle), auteur du Bṛhat Jātaka et de la Bṛhat Saṃhitā
- Āryabhaṭa : Astronome (476-550) dont l'œuvre a profondément marqué le calcul astronomique indien
- N. C. Lahiri : Astronome dont l'ayanāṃśa a été adopté par le comité de réforme du calendrier indien en 1955
- B. V. Raman : Astrologue (1912-1998), éditeur de The Astrological Magazine, grand passeur du Jyotish au XXe siècle
Sources historiques
- Vedāṅga Jyotiṣa
- Yavanajātaka
- Bṛhat Jātaka et Bṛhat Saṃhitā de Varāhamihira
- Pañcasiddhāntikā
- Bṛhat Parāśara Horā Śāstra