Astrologie médiévale et Renaissance en Europe
Pendant cinq siècles, un médecin sans connaissances astrologiques passait pour un médecin incomplet.
L'astrologie revient en Europe latine au XIIe siècle, par les traductions faites en Espagne et en Italie. Elle entre à l'université, souvent par la médecine. On saignait un malade en tenant compte de la position de la Lune. L'« homme zodiacal », figure humaine couverte des douze signes, orne alors les livres d'heures, dont les Très Riches Heures du duc de Berry.
L'Église reste méfiante sans être uniformément hostile. On distingue l'astrologie « naturelle », qui étudie les effets du ciel sur le temps et le corps, de l'astrologie « judiciaire », qui prétend prédire les actes humains et menace le libre arbitre. Michel Scot sert l'empereur Frédéric II. Guido Bonatti, auteur d'un énorme Liber astronomiae, conseille des seigneurs italiens ; Dante le place en enfer. En 1327, l'astrologue Cecco d'Ascoli est brûlé à Florence.
La Renaissance est un âge d'or paradoxal. Presque tous les princes ont leur astrologue. John Dee choisit la date du couronnement d'Élisabeth Ire, en janvier 1559. En France, Catherine de Médicis consulte Michel de Nostredame, dit Nostradamus. Médecin né à Saint-Rémy-de-Provence en 1503, mort à Salon en 1566, il publie des almanachs à succès et, à partir de 1555, ses Prophéties en quatrains volontairement obscurs. Leur interprétation n'a jamais cessé, le plus souvent après coup.
Les critiques se font plus fortes. Les Disputationes adversus astrologiam divinatricem de Pic de la Mirandole paraissent en 1496, après sa mort. En 1586, la bulle Coeli et terrae du pape Sixte V condamne l'astrologie judiciaire. Les grands astronomes pratiquent pourtant encore. Kepler dresse le thème de Wallenstein en 1608 et cherche à réformer l'astrologie sur des bases physiques. Jean-Baptiste Morin, dit Morin de Villefranche, laisse une Astrologia Gallica publiée en 1661.
La langue garde les traces de cette époque. « Désastre » vient de l'italien disastro, un astre défavorable. « Influence » désignait un fluide venu des étoiles. « Considérer » dérive du latin sidus, l'astre. Placido de Titi publie en 1657 les tables d'un système de maisons qui porte son nom et reste aujourd'hui le plus utilisé.
Ce qu'elle nous a laissé
- L'astrologie médicale et l'homme zodiacal
- Les almanachs imprimés, premiers médias de masse de l'astrologie
- Les systèmes de maisons de Regiomontanus et de Placidus
- La distinction entre astrologie naturelle et astrologie judiciaire
- Un vocabulaire passé dans la langue courante : désastre, influence, considérer
Figures
- Michel Scot : Savant écossais (mort vers 1235), astrologue de l'empereur Frédéric II
- Guido Bonatti : Astrologue italien du XIIIe siècle, auteur du Liber astronomiae, placé par Dante dans l'Enfer
- Pic de la Mirandole : Humaniste (1463-1494), auteur d'une célèbre réfutation de l'astrologie divinatoire
- Nostradamus : Médecin et astrologue (1503-1566), auteur des Prophéties (1555), consulté par Catherine de Médicis
- John Dee : Mathématicien et astrologue anglais, conseiller d'Élisabeth Ire
- Johannes Kepler : Astronome (1571-1630), auteur de thèmes et d'un traité sur les fondements de l'astrologie
Sources historiques
- Liber astronomiae de Guido Bonatti
- Très Riches Heures du duc de Berry (homme zodiacal)
- Disputationes adversus astrologiam divinatricem de Pic de la Mirandole (1496)
- Les Prophéties de Nostradamus (1555)
- Bulle Coeli et terrae de Sixte V (1586)
- Astrologia Gallica de Morin de Villefranche (1661)