Astrologie arabe médiévale
Bagdad a été fondée à une heure choisie par des astrologues. C'est dire la place que le ciel tenait à la cour des Abbassides.
Quand le calife al-Mansour fait bâtir Bagdad en 762, il demande à des astrologues de fixer le moment favorable. Parmi eux figurent Mâchâ'allâh, astrologue d'origine juive venu de Bassora, et le Persan Nawbakht. Le récit nous vient notamment d'al-Bîrûnî. Il résume bien l'esprit du temps : l'astrologie est un savoir de cour, utile au pouvoir.
Aux VIIIe et IXe siècles, un grand mouvement de traduction fait passer en arabe des textes grecs, persans et indiens. Le Tétrabiblos de Ptolémée est traduit, tout comme le manuel de Dorothée de Sidon, à partir d'une version persane. Les savants de Bagdad ne se contentent pas de recopier. Ils comparent, corrigent, systématisent.
Abû Ma'shar, mort en 886, en est la figure la plus célèbre. Sa Grande Introduction à l'astrologie propose une justification philosophique largement inspirée d'Aristote. Il développe aussi la théorie des grandes conjonctions de Jupiter et Saturne, qui reviennent environ tous les vingt ans et scanderaient l'histoire des religions et des empires. Al-Kindî, al-Bîrûnî et Sahl ibn Bishr enrichissent chacun la discipline.
Cette période donne sa forme classique à l'astrologie horaire, qui répond à une question précise à partir du thème du moment où elle est posée. Elle perfectionne les révolutions solaires, thèmes calculés chaque année pour l'anniversaire. Elle multiplie aussi les « parts », points calculés dont beaucoup existaient déjà chez les Grecs et que l'Europe appellera plus tard « parts arabes ».
L'astrologie n'y fait pas l'unanimité. Avicenne la critique. Au XIVe siècle, Ibn Khaldoun la condamne dans sa Muqaddima. À partir du XIIe siècle, les traducteurs de Tolède et d'ailleurs font passer ces textes en latin. Les noms de nombreuses étoiles, comme Aldébaran, Altaïr ou Bételgeuse, rappellent encore ce passage.
Ce qu'elle nous a laissé
- La transmission du savoir grec, persan et indien vers l'Europe
- L'astrologie horaire dans sa forme classique
- Les révolutions solaires annuelles
- La théorie des grandes conjonctions Jupiter-Saturne
- Le perfectionnement de l'astrolabe
- Le nom arabe de nombreuses étoiles
Figures
- Mâchâ'allâh : Astrologue (mort vers 815), associé à la fondation de Bagdad, auteur d'importants traités d'astrologie horaire
- Abû Ma'shar : Astrologue de Bagdad (787-886), auteur de la Grande Introduction
- Al-Kindî : Philosophe (IXe siècle), qui intégra l'astrologie à une théorie des rayons
- Al-Bîrûnî : Savant persan (973-vers 1050), auteur du Kitâb al-Tafhîm
- Ibn Khaldoun : Historien (1332-1406), critique sévère de l'astrologie dans la Muqaddima
Sources historiques
- Grande Introduction (Kitâb al-madkhal al-kabîr) d'Abû Ma'shar
- Kitâb al-Tafhîm d'al-Bîrûnî (1029)
- Traduction arabe du Carmen astrologicum de Dorothée
- Ghâyat al-Hakîm, connu en Europe sous le titre de Picatrix
- Traductions latines de Jean de Séville et d'Hermann de Carinthie (XIIe siècle)