Le Secret des AstresMon espaceMon thème
XVIIe – début du XXe siècle · Angleterre et France surtout

Déclin et renouveau

Chassée des universités, l'astrologie s'est réfugiée dans les almanachs à deux sous. Elle en est ressortie transformée, avec une ambition nouvelle : décrire l'âme plutôt que prédire l'avenir.

Le XVIIe siècle sépare deux savoirs longtemps confondus. Avec Galilée, Kepler puis Newton, l'astronomie devient une science mathématique de la matière et du mouvement. La gravitation n'a besoin d'aucune signification. Lorsque Colbert fonde l'Académie royale des sciences en 1666, l'astrologie n'y trouve pas de place.

L'Angleterre connaît pourtant un dernier grand moment. En 1647, William Lilly publie Christian Astrology, premier grand manuel en anglais, surtout consacré à l'astrologie horaire. Ses almanachs se vendent par dizaines de milliers. Après le grand incendie de Londres de 1666, une commission parlementaire l'interroge, car une gravure qu'il avait publiée quinze ans plus tôt semblait l'annoncer.

Le XVIIIe siècle se moque. En 1708, Jonathan Swift, sous le pseudonyme d'Isaac Bickerstaff, « prédit » la mort de l'almanachiste John Partridge, puis annonce qu'elle a eu lieu. Partridge passe des mois à prouver qu'il est vivant. L'astrologie survit néanmoins dans les almanachs populaires, comme l'Old Moore's Almanack, lancé à la fin du XVIIe siècle et publié encore aujourd'hui.

Le renouveau vient au XIXe siècle. À Londres, des auteurs publiant sous les pseudonymes de « Raphael » et « Zadkiel » vendent éphémérides et manuels. La Société théosophique, fondée en 1875 à New York par Helena Blavatsky et Henry Olcott, fait connaître en Occident les notions indiennes de karma et de réincarnation.

Alan Leo, de son vrai nom William Frederick Allan, fait la synthèse. Théosophe, il lance The Astrologer's Magazine, bientôt rebaptisé Modern Astrology, et vend des thèmes par correspondance en très grand nombre. Il met l'accent sur le caractère et parle de « tendances » plutôt que de destin. Poursuivi pour divination en 1914, il est relaxé. Condamné en 1917 à une amende, il meurt quelques semaines plus tard. En France, Paul Choisnard tente au même moment de soumettre l'astrologie à la statistique.

Ce qu'elle nous a laissé

  • La séparation définitive entre astronomie et astrologie
  • Les premiers manuels grand public en langues modernes
  • L'accent mis sur le signe solaire et le caractère plutôt que sur l'événement
  • L'entrée des notions de karma et de réincarnation dans l'astrologie occidentale
  • Les premières tentatives de vérification statistique

Figures

  • William Lilly : Astrologue anglais (1602-1681), auteur de Christian Astrology (1647)
  • Jonathan Swift : Écrivain irlandais, auteur du canular Bickerstaff contre les faiseurs d'almanachs (1708)
  • Helena Blavatsky : Cofondatrice de la Société théosophique (1875)
  • Alan Leo : Astrologue britannique (1860-1917), père de l'astrologie moderne orientée vers le caractère
  • Paul Choisnard : Polytechnicien français, pionnier de l'astrologie statistique au début du XXe siècle

Sources historiques

  • Christian Astrology de William Lilly (1647)
  • Predictions for the Year 1708, pamphlet d'« Isaac Bickerstaff »
  • Old Moore's Almanack
  • The Astrologer's Magazine, devenu Modern Astrology