Astrologie moderne occidentale
L'horoscope du journal a une date de naissance précise : le 24 août 1930, dans le Sunday Express.
Le 21 août 1930 naît la princesse Margaret. Le rédacteur en chef du Sunday Express, John Gordon, veut un horoscope du bébé royal. L'astrologue vedette Cheiro n'est pas disponible, et c'est son assistant, R. H. Naylor, qui signe l'article paru le 24 août. Le succès est tel que Naylor obtient une rubrique régulière. Il finit par proposer des prévisions pour chacun des douze signes solaires. L'horoscope de presse est né, et les autres journaux le copient vite.
Ce format repose sur une simplification radicale : seul compte le signe du Soleil. Il rend l'astrologie accessible à tous et lui offre une visibilité inédite. Beaucoup d'astrologues le jugent pourtant réducteur, puisqu'il met dans le même sac un douzième de l'humanité. Aux États-Unis, Evangeline Adams, relaxée en 1914 à New York dans un procès pour divination, anime une émission de radio très suivie. En 1968, Linda Goodman's Sun Signs devient un best-seller mondial.
L'Europe explore d'autres voies. En Allemagne, l'école de Hambourg d'Alfred Witte travaille sur les points médians, et Reinhold Ebertin fonde la « cosmobiologie ». Les régimes s'en méfient ou s'en servent. Après le vol de Rudolf Hess vers l'Écosse en mai 1941, le régime nazi fait arrêter de nombreux astrologues. Côté britannique, Louis de Wohl est employé pour deviner ce que les astrologues supposés d'Hitler pourraient lui conseiller.
La question scientifique se pose sérieusement. En 1955, le Français Michel Gauquelin publie L'Influence des astres et croit repérer un « effet Mars » chez les champions sportifs, résultat très discuté depuis. En 1975, la revue The Humanist publie une déclaration signée par 186 scientifiques contre l'astrologie. En 1985, la revue Nature publie l'étude en double aveugle de Shawn Carlson, qui ne trouve pas de lien entre thèmes et profils de personnalité. En France, André Barbault développe dans le même temps l'étude des cycles planétaires.
Ce qu'elle nous a laissé
- L'horoscope quotidien et hebdomadaire par signe solaire
- La démocratisation de l'astrologie par la presse, la radio puis la télévision
- Les points médians et la cosmobiologie
- L'étude des cycles planétaires appliquée à l'histoire
- Le débat scientifique moderne, avec des tests contrôlés
Figures
- R. H. Naylor : Astrologue britannique (1889-1952), inventeur de la rubrique d'horoscope par signe solaire
- Evangeline Adams : Astrologue américaine (1868-1932), figure médiatique des années 1920-1930
- Alfred Witte : Fondateur de l'école de Hambourg
- Reinhold Ebertin : Astrologue allemand, fondateur de la cosmobiologie
- Michel Gauquelin : Psychologue et statisticien français (1928-1991), connu pour l'« effet Mars »
- André Barbault : Astrologue français (1921-2019), théoricien des cycles planétaires
Sources historiques
- « What the Stars Foretell for the New Princess », Sunday Express, 24 août 1930
- Linda Goodman's Sun Signs (1968)
- L'Influence des astres de Michel Gauquelin (1955)
- « Objections to Astrology », The Humanist (1975)
- Shawn Carlson, « A double-blind test of astrology », Nature (1985)