Le Secret des AstresMon espaceMon thème
vers 1800 av. J.-C. – Ier siècle apr. J.-C. · Mésopotamie (Babylone, Assyrie, actuel Irak)

Astrologie babylonienne

Tout commence par des présages : si la Lune fait ceci, le royaume subira cela. Le ciel, pour les scribes de Babylone, était une lettre adressée au roi.

Les plus anciens présages célestes connus remontent à l'époque paléo-babylonienne, au début du IIe millénaire avant notre ère. Leur logique est simple et conditionnelle. Une éclipse de Lune tel mois annonce la mort d'un souverain étranger. Vénus visible à tel moment promet de bonnes récoltes. Ces observations ont été rassemblées, recopiées et commentées pendant des siècles dans une grande série de tablettes connue par ses premiers mots, Enuma Anu Enlil. On y compte environ soixante-dix tablettes et plusieurs milliers de présages.

Cette astrologie ne concerne pas les individus. Elle regarde le roi, le pays, l'armée, les moissons. Au VIIe siècle avant notre ère, les souverains assyriens Assarhaddon et Assurbanipal reçoivent des rapports réguliers de leurs spécialistes du ciel. Quand un présage paraît trop menaçant, on va jusqu'à installer un roi de substitution sur le trône pendant quelques jours, pour qu'il encaisse le malheur à la place du vrai.

Pour prévoir, il fallait observer. Les Babyloniens ont tenu pendant des siècles des « journaux astronomiques », notes presque quotidiennes sur la position des planètes, la météo et même le prix de l'orge. De cette patience sont sorties des méthodes mathématiques capables de calculer à l'avance le retour des planètes. Leur astronomie comptait parmi les plus précises du monde antique.

Vers la fin du Ve siècle avant notre ère apparaît une innovation décisive : le zodiaque de douze signes égaux de trente degrés chacun, découpé sur la route du Soleil. Presque en même temps naît l'horoscope personnel. La plus ancienne tablette de ce genre que l'on connaisse est datée de 410 av. J.-C. Elle décrit la position des astres à la naissance d'un enfant, avec quelques pronostics très sobres.

Ce savoir voyage vers l'ouest après la conquête d'Alexandre. Bérose, prêtre du dieu Bel, écrit en grec une histoire de Babylone au début du IIIe siècle avant notre ère, et les auteurs antiques lui prêtent un rôle dans la diffusion de l'astrologie en Grèce. L'ampleur réelle de ce rôle reste discutée. Les Grecs, eux, appelleront longtemps « Chaldéens » tous ceux qui lisent dans les étoiles.

Ce qu'elle nous a laissé

  • Le zodiaque de douze signes égaux, dont les nôtres descendent directement
  • L'association des planètes à des divinités, reprise par les Grecs puis les Romains (Ishtar pour Vénus, Marduk pour Jupiter, Nergal pour Mars)
  • Les premiers horoscopes de naissance, à partir de la fin du Ve siècle av. J.-C.
  • L'idée que le ciel concerne d'abord les nations, ancêtre de l'astrologie dite mondiale
  • Une tradition d'observation systématique et chiffrée, commune à l'astronomie et à l'astrologie
  • Probablement l'origine des exaltations planétaires, que plusieurs historiens rapprochent des « lieux secrets » babyloniens

Figures

  • Ammi-saduqa : Roi de la première dynastie de Babylone ; ses années de règne datent les observations de Vénus conservées dans la tablette qui porte son nom
  • Assarhaddon : Roi d'Assyrie (VIIe s. av. J.-C.), grand destinataire de rapports astrologiques, adepte du rituel du roi de substitution
  • Assurbanipal : Roi d'Assyrie dont la bibliothèque de Ninive a conservé de nombreuses copies d'Enuma Anu Enlil
  • Bérose : Prêtre de Bel, auteur des Babyloniaka en grec au début du IIIe s. av. J.-C.
  • Kidinnu : Astronome babylonien cité par Strabon et Pline, associé par les Grecs à l'un des systèmes de calcul lunaire

Sources historiques

  • Enuma Anu Enlil, série de présages célestes
  • MUL.APIN, compendium astronomique (plus ancienne copie datée de 686 av. J.-C.)
  • Tablette de Vénus d'Ammi-saduqa (tablette 63 d'Enuma Anu Enlil)
  • Journaux astronomiques babyloniens (VIIe au Ier siècle av. J.-C.)
  • Horoscope cunéiforme daté de 410 av. J.-C.